Rapprocher deux entités précédemment concurrentes, faire en sorte que l’addition d’un et un surpasse si possible deux, cristalliser la vision d’un avenir commun et insuffler la dynamique nécessaire à sa réalisation, est certainement l’une des aventures économiques les plus risquées qui soient. A tout moment, le facteur humain est susceptible d’interférer avec des plans qui, sur le papier, présentaient pourtant toutes les apparences du réalisme. C’est à cet exercice délicat qu’a été invité McKinsey, par deux entreprises opérant dans l’industrie lourde.
Dans un premier temps, le cabinet a validé le bien-fondé du projet. Trois à quatre mois d’enquête et d’analyses ont été nécessaires pour explorer les synergies possibles, imaginer une ambition commune aux deux entreprises et confronter celle-ci à la réalité des multiples variables en jeu.
La pertinence du projet ayant été confirmée et acceptée par les deux parties, il s’agissait de passer à l’acte. Seize mois pour transformer en réalité la "vision" – l'idée commune du succès du rapprochement –, pour renforcer en unissant, mais sans rien perdre de l’essentiel : les compétences pointues, les systèmes d’information, les carnets de clientèle, les savoir-faire, les valeurs, l’énergie de chacun. Cela a exigé de définir dans le détail l’organisation et les modes de fonctionnement visés – un vrai défi intellectuel, qui requérait aussi une véritable expertise en matière d’amélioration opérationnelle.
Le rapprochement a ensuite été engagé de façon pratique. Pour McKinsey, il a surtout fallu jouer le rôle passionnant du facilitateur. Motiver, guider, encourager les salariés, les rassurer au besoin. Mais aussi clarifier les malentendus, désamorcer les conflits de personnes, à tous les niveaux des deux entreprises ; et accompagner individuellement une centaine de cadres (50 de chaque côté) pour aider chacun à concevoir son nouveau rôle, à l’articuler avec celui de ses homologues, à exploiter toutes les améliorations et synergies offertes par le rapprochement.
Une année entière de ce cheminement a permis la mise en œuvre des différents plans d’actions préparés de concert. Le rapprochement des deux entités a été couronné de succès. Il a aussi joué une fonction d’amorce : quelques mois plus tard, les deux groupes, satisfaits de leur expérience commune, décidaient de fusionner. Mais cela est une autre histoire.